Ancêtre dans la Grande Armée

 

RECHERCHES

Voici un extrait du registre-matricule du 95e régiment d'infanterie de ligne (21 YC 712 au SHD de Vincennes). Il s'agit en l'occurrence de la fiche de mon ancêtre Lacaille François ; en partant de ce renseignement, il est possible de reconstituer une partie de son parcours. 


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Lorsque j'entreprends ma maîtrise en 1993 sur les conscrits charentais du Premier Empire, je ne connais pas l'existence d'un éventuel aïeul qui aurait servi dans les armées de Napoléon. En fait, c'est lors de mes "passe-temps généalogiques" que des hypothèses sérieuses se dessinent. Une première investigation me permet ainsi de retrouver le frère d'un ancêtre direct, un certain Noblet de la commune de Vouharte. Né en 1791, il est appelé en 1811 dans le 67e RI. En 1857, il demande la médaille de Sainte-Hélène à Vouharte. Quelques années plus tard, en fouillant du côté de mes ancêtres paternels, notamment parmi l'une des nombreuses branches de cet arbre passionnant, je découvre un certain Lacaille François né en 1781 dans la commune de Courlac. Il est très précisément l'arrière-grand-père de mon arrière-arrière-grand-père.  Né en 1922, mon grand-père Raymond que j'ai bien connu, a été gardé petit par son arrière-grand-mère née en 1848. Or celle-ci, durant son enfance, a côtoyé ce "brave" qui s'est éteint en 1856. Il est probable qu'elle ne conta jamais des histoires sur cet homme, car il est certain que mon grand-père, connaissant ma passion pour l'histoire, m'en aurait parlé... 

Mais ce n'est pas au détour d'un acte de naissance que je fais la connaissance de cet ancêtre qui occupera bientôt une grande partie de mon temps libre. C'est par l'intermédiaire de son acte de mariage enregistré à Chalais en janvier 1815. Je me souviens parfaitement de cet instant d'émotion en lisant "François Lacaille, ex-sergent du 95e régiment d'infanterie de ligne en congé de réforme". Fort de cette information, je consulte le registre paroissial de Courlac, petite commune à proximité de Chalais. Il y apparaît le 2 décembre 1781, son père Jean, laboureur, le déclarant né de la veille. Sa mère s'appelle Anne Dumas. Le couple semble être originaire de Sérignac. D'après les nombreux extraits mortuaires que je recense alors et qui sont conservés par milliers aux ad de la Charente, je devine qu'il a effectué une grande partie de ses campagnes en Espagne. Mais pour en être sûr, je consulte le registre paroissial de Courlac pour avoir une confirmation de son année de naissance. En effet, à partir d'elle, il est possible de déterminer sa classe (la conscription adoptée en 1798, répartit les jeunes gens de 20 à 25 ans en classe d'âge). Né en décembre 1781, François Lacaille appartient donc à la classe de l'an XI. Il ne me reste plus qu'à vérifier l'existence du registre de conscription de la classe de l'an XI aux archives départementales de la Charente. Coté en série R, ce registre mentionne bien mon ancêtre qualifié de "cultivateur". J'y apprends également sa taille : 1m68. Mais aucune information ne filtre malheureusement sur la date de son incorporation. Le seul indice qui me permettrait de la déterminer réside peut-être dans cet acte de mariage où il est dit qu'il était un ancien sergent du 95e régiment d'infanterie de ligne. Il m'importe donc d'aller au SHD, à Vincennes, où sont conservés tous les registres de corps de troupes de la Grande Armée. Sur des milliers de feuilles reliés, sont couchés les noms de plus de deux millions de Français qui arpentèrent l'Europe à pied. Le site est grandiose.

Et je ne suis pas déçu, loin de là. Dans le registre coté 21 YC 712, je vois le nom de Lacaille François enregistré sous le numéro de matricule 2968. Il est possible de relever, sur ce document précieux que je ne me lasse pas de toucher et de feuilleter, plusieurs données brutes. Il a d'une part quitté la Charente le 9 messidor de l'an XII (29 juin 1804). Son arrivée au corps est datée du 5 fructidor an XII (24 aout 1804). Mais les renseignements sont nombreux. Les voici : Il mesure bien 1m68, il avait le visage ovale, le front couvert, les yeux gris, le nef effilé, la bouche moyenne, le menton rond, les cheveux et les sourcils châtains. Sont donnés ensuite sa compagnie, son bataillon et son grade. C'est en tant que fusilier que Lacaille est muté dans la 8e compagnie du 3e bataillon le 24 août 1804. Il intègre ensuite le 18 septembre 1806 la 8e compagnie du 1er bataillon. Le 1er juin 1808, il est nommé caporal puis évolue à une date non indiquée dans la 4e compagnie du 3e bataillon. Enfin une dernière note nous informe qu'il obtient un congé de réforme le 24 août 1814. Son grade de sergent n'est donc pas mentionné tout comme les détails de ses campagnes. En revanche, je relève en oblique ceci : C 1851. Je suis bien incapable d'en tirer un quelconque enseignement sur le moment. Mais deux ans plus tard, en consultant la série M des archives départementales de la Charente, je tombe sur la liste des anciens grognards qui, en 1850-1851, réclament une aide financière auprès de Napoléon III. Lacaille en fait partie et il est stipulé qu'il touche une somme de 150 francs à cette occasion. En fait, cette mention sur le registre-matricule signifie qu'une copie des états de service a été réalisée au moment de la demande de Lacaille. L'administration a donc enquêté après sa demande et a, par conséquent, consulté le registre. Je me suis aperçu ensuite en examinant de nombreux registres que cette mention apparaissait à plusieurs reprises pour les soldats qui étaient vivants au-delà de 1850. C'est un renseignement à ne pas négliger.

Au final, je crois avoir obtenu des informations capitales, mais j'ai toujours envie d'en savoir plus. Car ce document ne nous révèle pas tout. Parce que la reconstitution d'un parcours se fait également par l'examen complet du registre, je décide, en conséquence, d'étudier et de relever toutes les informations des conscrits charentais mobilisés dans ce même régiment. L'entreprise s'avère très concluante puisqu'il me permet de suivre leur parcours militaire en Europe. Je sais, par exemple, que ces conscrits ont séjourné au Hanovre en 1804 avant d'intégrer la Grande Armée en octobre 1805. Lacaille et ses camarades ont ensuite combattu à Austerlitz. Le registre mentionne à plusieurs reprises leur présence sur ce champ de bataille. En 1806, on les retrouve en Prusse. Ils sont au combat de Lubeck où l'on enregistre plusieurs tués, puis à la bataille de Friedland en Pologne le 14 juin 1807. En 1808, les bataillons sont dirigés vers la Péninsule ibérique. Les villes qui reviennent le plus souvent sont : Madrid, Tolède, Cadix. C'est passionnant. En revanche c'est beaucoup plus flou pour les années 1813-1814 et il ne m'est pas permis de connaître le théâtre d'opérations fréquenté étant donné que certains soldats  sont en Espagne et d'autres envoyés en Allemagne.

Il m'importe maintenant de consulter le catalogue de la bibliothèque. N'existe-t-il pas effectivement un historique complet du 95e régiment d'infanterie de ligne ? Oui, mais il est très succint. On en retire toutefois des informations importantes sur les localités traversées, les campagnes, les batailles, les combats mais aussi sur les colonels du régiment et la place de ce dernier au sein des brigades, des divisions ou des corps d'armée. Il est possible dès lors de suivre année après année le 95e. On décide ensuite d'exploiter la sous-série xb, conservé à Vincennes. Il s'agit des archives administratives des corps. Il existe trois cartons pour le 95e (Xb 307, 514 et 515). Je les consulte. Des revues organisées en l'an XII, en l'an XIII me permettent de recréer l'univers régimentaire de mon ancêtre. Des informations intéressantes et amusantes sont données sur l'état de la discipline, l'état des armes et du linge. Mais ce qui retient le plus mon attention est la revue du 24 août 1814 contenue dans le 3e carton (je rappelle que le registre-matricule stipule que Lacaille a été réformé ce jour-là). Effectuée à Maubeuge sous la direction d'un général de division inspecteur de l'infanterie, elle est en quelque sorte un bilan de l'état des hommes au début de la Première Restauration. Divisée en plusieurs rubriques, elle est forte d'une trentaine de pages. Je m'arrête plus particulièrement à celle intitulée "soldats réformés à l'issue de la revue". Lacaille doit y apparaître, me dis-je en tournant les pages avec impatience. Effectivement son nom est bien écrit : François Lacaille. Il est alors sergent de grenadiers au 3e bataillon. On le réforme pour les raisons suivantes : "atteint de la perte des dents incisives et canines de la mâchoire supérieure, en outre il se plaint de douleurs rhumatismales et de crampes pectorales. Ces infirmités paraissent provenir des fatigues de la guerre". Par la consultation de ce document une étape décisive vient d'être franchie, car je sais qu'en 1813, il a rejoint le dépôt de Cologne avant de participer en août à la bataille de Dresde.

dscf2609-version-2.jpgRevue du 24 aout 1814 dans SHD, xb515

Le puzzle est toujours incomplet, mais on voit se dessiner un ensemble assez cohérent...

Depuis peu de temps, des renseignements provenant de Mme Salomon de Nuremberg m'encouragent à en savoir plus sur son passage dans cette ville. Grâce à cette personne qui fouille aux archives municipales, je sais que François Lacaille a logé le 9 mars 1806 au 75 Lorenzer Platz dernier  l'église St. Lorenz chez Monsieur Jakob Eisen, marchand. De nombreux documents locaux le prouvent. Son nom apparaît très clairement. Il partage sa chambre avec le caporal Joseph Chassand. Les documents montrent aussi que la vie à Nuremberg n'est guère déplaisante pour les hommes du 95e régiment d'infanterie de ligne. 

 

RÉCIT

I – Renseignements bruts sur François Lacaille (rappel)

         -Conscrit de l’an XI (registre de conscription de l’an XI)

        -Il part d’Angoulême le 9 messidor an XII (29 juin 1804), dernier contingent à partir pour le 95e RI.

       -Il arrive au dépôt du régiment à Cologne le 5 fructidor an XII (24 août 1804)

       -Inscrit sur le registre-matricule au numéro

     -Renseignements physiques : 1m 68, avait le visage ovale, le  front couvert, les yeux gris, le nez effilé, la bouche moyenne, le menton rond, les cheveux et sourcils châtains.

     -Unité et grade : fusilier dans la 8e compagnie du 3e bataillon le 24 août 1804, dans la 8e compagnie du 1er bataillon le 18 septembre 1806. Caporal le 1er juin 1808 ; dans la 4e compagnie du 3e bataillon (date non indiquée) ; sergent des grenadiers du 3e bataillon à la date du 24 août 1814.

   -Réformé le 24 août 1814. A l’issue de la revue il est dit : « atteint de la perte des dents incisives et canines de la mâchoire supérieure, en outre il se plaint de douleurs rhumatismales et de crampes pectorales. Ces infirmités paraissent provenir des fatigues de la guerre ».

   -Il loge avec le caporal Joseph Chassand le 9 mars 1806 à Nuremberg dans la maison N°75 (actuellement Lorenzer Platz 12) de ChR. Jakob Eisen, Kaufman, Manufaktur. Il La source est : B. Salomon (archives de Nuremberg).

-La 8e cie du 3e bat en mars 1806 est commandée par le capitaine L.Louis, le lieutenant Durignand, le sergent-major Marc-Antoine Leneveu, le sergent Luc Lutel.

  II – L’incorporation en 1804 et les cantonnements au Hanovre

       Faisant partie de la classe de l’an XI, François Lacaille est concerné par la loi du 6 floréal an XI qui ordonne la levée des jeunes des classes de l’an XI et de l’an XII. La Charente doit ainsi fournir 1072 hommes sur les 4 926 conscrits des deux générations réunies. Après la confection des listes par le préfet et les commissions locales de désignation, la population est avertie de la date des opérations. Cette annonce s’est produite sans doute le 18 brumaire de l’an XII à la sortie de la messe dominicale. Mais Lacaille reçoit quelques jours plus tard à son domicile un billet d’appel lui ordonnant de se présenter à Chalais le 2 frimaire suivant. Ce jour-là sont présents tous les conscrits du canton ainsi que les conseilleurs municipaux, le médecin, la gendarmerie, le capitaine de recrutement. On toise tous les hommes, on les interroge sur leurs éventuelles infirmités et difformités et on les informe que le canton doit fournir un contingent pour l’armée. On leur laisse un répit pour essayer de trouver des arrangements entre eux. Mais au final, on choisit de procéder au tirage au sort pour désigner les nouvelles recrues. Il est impossible de connaître exactement la position de Lacaille. D’après la date tardive de son départ (le 29 juin 1804), il fait probablement partie des conscrits déclarés aptes, appelés à combler le déficit causé par les réformes et les désertions. En somme, il a sans doute cru, initialement, qu’il échapperait au service puisqu’il ne figure pas sur les premières listes de départ. Gustave Vallée, dans son étude sur la conscription, suppose que les influences locales et le jeu des relations ont été fortes lors de la désignation de cette levée. Parce que le contrôle exercé par les autorités préfectorales n’est pas assez efficace, il y a certainement eu des abus considérables. En l’absence de sources précises, il est impossible de savoir si les conscrits désignés, en l’occurrence Lacaille, sont au courant de ce genre de pratiques.

        Le 9 messidor an XII (29 juin 1804), Lacaille, muni de son baluchon, quitte Angoulême où il séjourne depuis quelques jours. Il a donc quitté ses parents et sa sœur qui sont à Courlac, vers le 25 juin. Nous ne connaissons pas la route qu’il emprunte, lui et ses 39 camarades, pour se rendre à son corps, le 95e régiment d’infanterie de ligne, dont le dépôt est à Cologne. Séjourne-t-il d’ailleurs à Cologne ou est-il dirigé tout de suite à Hameln au Hanovre, occupé depuis un an par les Français ? Il semble que le groupe ait été dirigé tout de suite sur la place forte d’Hameln. C’est ce que laisse entendre le registre-matricule du régiment où sont mentionnés les destins des soldats. On enregistre effectivement plusieurs décès à l’hôpital d’Hameln et aucun à Cologne. Son régiment est alors sous les ordres du colonel Pécheux, lui-même obéissant au maréchal Bernadotte. Lorsque les troupes françaises quittent le Hanovre en juin 1805, Hameln reste la seule place forte occupée. Le 95e y réside donc encore. Lacaille est par conséquent resté plus d’un an à Hameln. Grâce au registre-matricule, il a été possible de relever les noms des conscrits charentais qui, au même titre que lui, ont intégré la 8e compagnie du 3e bataillon. Une compagnie étant formée d'environ 70 fusiliers, il est clair que ces hommes ont été les premiers compagnons d'armes de Lacaille avec lesquels des liens très forts se sont forgés. Toutes les études sur les soldats soulignent effectivement que l'unité combattante de base constitue une nouvelle cellule familiale où se tissent des solidarités favorisées souvent au préalable par l'origine géographique commune des nouvelles recrues. Ainsi on est en droit de penser que Joseph Amiens, Michel Foucaut (de Vouharte), Antoine Poinserat (Valence), François Tarrade (Rouzède), Pierre Boirau, Guerret de Versenne, Jean Lafosse (Lapéruse), François Sarrazin (Barbezieux), Jean Ardeuil (Pillac) et Dubois Léonard (Bors) ont probablement constitué le premier noyau amical de François Lacaille. Originaires du Sud de la Charente et parlant le meme dialecte, les trois derniers se sont sentis sans doute plus liés encore avec lui. 

III – La campagne de 1805

       Le 29 août 1805, l’armée française devient la Grande Armée. De Pont-de-Briques, Napoléon la réorganise. Dans un courrier daté de cette journée, on apprend que le 95e régiment d’infanterie de ligne, commandé par le colonel Pécheux est intégré à la brigade Werlé (27e régiment d’infanterie légère et 94e régiment d’infanterie de ligne), celle-ci faisant partie de la division Drouet du Ier corps (maréchal Bernadotte). En septembre, il converge à Wurzbourg en Bavière. Le régiment passe ensuite par Giessen, Anspach, Ingolstadt (4 octobre 1805), Munich (12 octobre 1805). Il y reste jusqu’au 26 octobre, puis il emprunte la vallée du Danube. Il campe autour de Salzbourg le 3 novembre 1805, à Steyer le 7 novembre 1805. Il franchit le Danube à Krems le 15 novembre 1805. Il est ensuite autour de Znaïm, d’Iglau le 18 novembre 1805. On le retrouve à Brünn le 1er décembre 1805. Le 2 décembre 1805, il est à Austerlitz et participe à la bataille. Ce jour-là il y a dans les rangs 1903 hommes d'après les informations de Quintin, ce qui est confirmé par plusieurs sources des archives du SHD. Lacaille est situé précisément en arrière de la Goldbach. D'après le registre-matricule et d'après l'enquête de Quintin, le 95e éprouve la perte de quatre tués (trois soldats et un adjudant). Le 94e , situé à proximité du 95e, en compte 26 et le 27e léger sept. En réalité, le régiment de Lacaille n'a pas joué un rôle majeur à Austerlitz. Il fut le régiment le moins exposé de la brigade. Et ce sont probablement des boulets de canon russes qui ont provoqué ces pertes. Il est difficile de croire, comme l'affirme l'historique du régiment, que le 95e a combattu au corps à corps contre la Garde Impériale russe. On déplore la blessure du capitaine Larché durant la bataille. Le régiment compte 4 hommes tués (ou mortellement blessés). Après Austerlitz, le 95e retourne à Iglau.

IV – La campagne de 1806-1807

         Le 15 janvier 1806, il est à Linz. 

         Le 9 mars, il arrive à Nuremberg et il y reste jusqu'au 29 septembre. Un document (état nominatif des hommes de la 8e compagnie du 3e bataillon en logement à Nuremberg) aimablement transmis par Mme Salomon et provenant des archives municipales de la ville atteste bien de la présence de Lacaille dans cette ville.On sait, par cette source, qu'il loge avec le caporal Joseph Chassand dans la maison N°75 (actuellement Lorenzer Platz) appartenant à ChR Jakob Eisen, kaufman, manufaktur". Tous les autres hommes de la compagnie sont logés dans le même quartier.Ils sont alors 71. La 8e cie du 3e bat est commandée, à cette date, par le capitaine L.Louis, le lieutenant Durignand, le sergent-major Marc-Antoine Leneveu et le sergent Luc Lutel. On retrouve les camarades suivants : Joseph Amiens, Michel Foucaut, Antoine Poinserat, François Tarrade, Pierre Boirau, Jean Ardeuil et Dubois Léonard.

         Le 18 septembre, Lacaille change de bataillon. Le voilà maintenant au 1er bataillon et à la 8e compagnie. Commence alors la campagne de Prusse. Quatre de ses compagnons du 3e bataillon sont mutés également dans cette unité. On y retrouve Michel Foucaut, Antoine Poinserrat,Pierre Boirau et Jean Ardeuil. Ce dernier, rappelons-le, est natif de Pillac, une commune à proximité de celle de Courlac où Lacaille a grandi. Les autres camarades ont été mutés ailleurs. Mais il faut signaler que trois ont déserté tandis que François Sarrazin est mort de maladie à Landshut le 5 mars 1806.

         Le corps de Bernadotte se rassemble le 29 septembre à Nuremberg. Lacaille est donc resté un peu plus de cinq mois à Nuremberg.

         Le 30, il est à Bamberg, le 6 octobre à Cronach.

         Il combat à Schleiz le 9 octobre. Ici, le 95e traverse la Wiesenthal (affluent de la Saale) et contribue à la retraite des Prussiens, il repousse quelques charges de cavalerie.   Le 11 octobre il est à Géra, va de Zeiz à Nambourg le 12 octobre, puis arrive à Apolda le 14 octobre où il donne quelques coups de feu aux Prussiens. Dix hommes du 95e sont blessés lors de ce combat.

         Le 17 octobre, le 95e prend la ville de Halle contre le régiment de Tresborg. Les troupes sont "harassées".

         Il est à Benberg le 20 octobre, puis il traverse l'Elbe à Barby le 22 octobre.

         Il campe à Boïtzemburg le 29 octobre 1806, à Schwerin le 4 novembre 1806,

         Il est à Lübeck le 6 novembre 1806. Il s'agit du premier engagement sérieux auquel assiste et participe Lacaille. Sa compagnie a été exposée puisque son camarade de Pillac, Jean Ardeuil, y est mortellement blessé (il décède le 19 décembre 1806 à l'hôpital de Lübeck, cause de la mort : coup de feu). Le 95e attaque  la Burg Tor. Il y perd en tout 150 hommes. Voici le récit qu'en donne le 29e bulletin de la Grande Armée : " le général Drouet, à la tête du 27e régiment d'infanterie légère, des 94e et 95e régiments, aborda les batteries avec ce sang-froid, cette intrépidité, qui appartiennent aux troupes françaises. Les portes sont aussitôt enfoncées, les bastions escaladés, l'ennemi mis fuite, et le corps du prince de Ponte-Corvo entre par la porte de la Trave". 

         Le 28 novembre 1806 le 95e traverse Berlin, car le lendemain, il part pour Francfort/Oder. Le régiment reçoit alors en renfort 300 hommes du dépôt.

         Il est ensuite à Posen. Il arrive à Thorn à marches forcées pour attaquer entre Ukra et Narew le 18 décembre 1806.

         Du 1er au 13 janvier 1807, il est dans les cantonnements d’Erzensk et de Propskovo (vers Elbing). Il combat à Mohrungen le 23 janvier 1807 puis, stationne entre Bransberg et Spanden. Vilatte devient alors le nouveau général de la division le 6 mars 1807. Le 95e fait ainsi partie de : brigade Gérard, 3e division Vilatte, Ier corps Bernadotte.

         Il est à Rhodenen, à Lichenau, puis autour de Holland le 4 mars 1807.

         Ils campent par la suite autour de Rhoghenen, Schönau, Crossen, Anguitten, Hemersdorf, Neundorf, Weisshendorf, Drausenhof jusqu’au 3 juin 1807.

         Il est attaqué par les Russes à Spanden le 5 juin 1807 mais le 95e les repousse.

         Le 6 juin le 1er corps est désormais commandé par le maréchal Victor.

         Le 95e est sur Mehlbach entre le 11 et le 12. Il marche toute la nuit, il est à Preuss-Eylau le 13 juin et traverse l'ancien champ de bataille. Il peut donc participer à la bataille de Friedland le 14 juin. Il se poste en avant de Posthenen. Chaque division est disposée sur deux lignes. Des boulets russes tombent sur le 95e. Il participe en fin de journée à la poursuite sur l'Alle le 15 juin.

         Il passe le Triegel le 16 juin puis retourne au camp de Uklau. Il prend ses cantonnements dans 80 localités autour de Neuruppin.

         Après le traité de Tilsit (7 juillet 1807), le 95e reste en Pologne.

         Le 1er juin 1808, François Lacaille est nommé caporal. La 2e brigade passe sous le commandement du général Puthod (division Vilatte et Ier corps de Victor) le 25 juin. Le 95e est envoyé durant l’été en Espagne. Il arrive à Vitoria le 29 octobre 1808 où se regroupe tout le 1er corps. Immédiatement les opérations débutent. Le 10 novembre 1808, le 95e participe à la bataille d’Espinosa. Le 2 décembre, il entre à Madrid. Le 3 au matin, la division Villatte pénètre dans le château royal, traverse le Prado, s'empare des barricades à l'entrée des rues et prend possession du palais du duc de Medina Cœlil, une des clefs de la ville. Le désordre se met dans la capitale dont les habitants manquent de vivres. Dans  la nuit du 4, le général Morla, commandant les 8 000 hommes de troupes régulières de la garnison et quelques 30 000 ou 40 000 paysans armés, signe la capitulation (historique du 5e dragons). En janvier 1809, on retrouve le 95e à la bataille d'Uclès, puis de Medellin le 29 mars. En juin 1809, il séjourne à Tolède. Il participe à la terrible bataille de Talavera de la Reina  les 27 et 28 juillet 1809. Il rentre à Madrid le 4 décembre 1809. C'est peut-être à ce moment-là qu'il intègre la 4e compagnie du 3e bataillon. La 2e brigade reçoit un nouveau commandant : le général Lefol.

          En janvier (ou juillet) 1810 la division Vilatte (brigade Lefol) fait partie de l’armée du midi commandée par le maréchal Soult. Par les archives administratives du corps (xb), on sait que le 1er janvier 1810, il est à Manzazanarès, à Séville le 1er février 1810 puis à Chiclana le 1er mars 1810 quand débute le siège de Cadix.

         En mars 1811 il participe à la bataille de Chiclana (cf tableau de Lejeune). A partir de cette date le parcours devient plus difficile à reconstituer. Un document daté de 1814 certifie effectivement que Lacaille est sergent-grenadier dans le 3e bataillon. Mais depuis quand ? Dans l’hypothèse où cette mutation et cette promotion surviennent en 1810, Lacaille a peut-être participé à la bataille de La Albuera. Il existe effectivement une brigade, la brigade Godinot, qui comprend les compagnies de grenadiers de plusieurs régiments dont le 95e. Nous sommes incapable de dire aussi si Lacaille combat à Algésiras du 21 juillet au 2 août 1812. Mais il est certain, en revanche, qu’il quitte le siège de Cadix à la fin août 1812 lorsque Soult, sur ordre de Joseph, doit évacuer l'Andalousie. Le régiment entame la retraite jusqu'à Valence où se rencontrent Soult et Joseph. En octobre, il est à Madrid, passe l'hiver à Salamanque qu'il évacue en juillet.

          Durant l’été 1813 des mutations ont lieu dans le 95e. Un bataillon (le 3e de Lacaille) est envoyé en Allemagne en passant par le dépôt de Cologne. Il combat à la bataille de Dresde où il est fait prisonnier lors de la reddition de la place le 11 novembre. 

         Le 24 août 1814 a lieu la revue d’inspection du régiment à Maubeuge. Je le retrouve dans la rubrique des soldats obtenant un congé de réforme : « atteint de la perte des dents incisives et canines de la mâchoire supérieure, en outre il se plaint de douleurs rhumatismales et de crampes pectorales. Ces infirmités paraissent provenir des fatigues de la guerre » (SHD xb, archives administratives du corps, revue du 24 août 1814). Pourquoi la perte de ces dents ? Coups de crosse ? Maladies ? En précisant que ces « infirmités » proviennent des « fatigues de la guerre », la 2e hypothèse est plus probable. Cette perte de dents peut alors avoir été provoquée par une sous-nutrition, souvent provoquée par la captivité.

        Comme une grande partie des vétérans de l'Empire, Lacaille rejoint sa région natale durant le semestre d'automne de 1814. Sa présence est attestée à Chalais le 19 décembre 1814, jour où il signe son contrat de mariage en l'étude de maître Jacques Parenteau. Dans ce document, on le présente comme "ex-sergent dans le quatre vingt quinzième régiment de ligne", fils de Jean Lacaille, cultivateur et de Anne Dumas. Ses parents habitent alors au village des Gibouins (commune de Montboyer). Sa soeur Jeanne s'est mariée le 5 février 1811 avec un dénommé Pierre Pierre. La future épouse de François Lacaille est Marie Mercier fille d'Antoine Mercier, ancien garde-chasse du comte de Périgord (décédé) et de Jeanne Robert, également décédée. Ils demeuraient Chez Tabourin (commune de Sainte-Marie). Marie vit dans la maison familiale en compagnie de son frère. Le contrat stipule que Lacaille et Mercier se marient sous le régime de la communauté et qu'ils forment une société universelle réduite aux meubles et aux acquêts en cas de décès sans postérité. La communauté -non évaluée- se compose de tous leurs biens et de ceux qui leur seront échus. 

        Le mariage est célébré le 24 janvier 1815 à Sainte-Marie (canton de Chalais). À cette date, il est bien stipulé que François Lacaille, alors âgé de 33 ans, habite chez ses parents à Montboyer. Le couple semble s'installer rapidement au village de Tabourin, commune de Sainte-Marie. Un document notarial du 7 avril 1817 (maître Parenteau) stipule que François Lacaille échange avec son beau-frère une pièce de pré (revenus de 3 francs) contre la maison, consistant en bâtiments, terres et prés, de Chez Tabourin( Sainte-Marie) d'une revenu de 13 francs.

        Le 30 septembre 1831, devant maître Parenteau, une donation entrevifs est réalisée par Anne Dumas pour ses enfants François et Jeanne. Le père Jean est décédé le 26 avril 1831 au village de Chez Tourray, commune de Sérignac.


Sources : 

Archives Vincennes : 

     => 21 YC 712 (registre-matricule du 95e régiment d'infanterie de ligne) ; Xb 514 et 515 (archives administratives du 95e)

Fondation Napoléon, correspondance générale, Paris, Fayard. Les tomes V (1805), VI (1806), VII (1807) et VIII (1808)

A.Martinien, Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire (1805-1815), Paris, éditions militaires européennes, 1900, 824 pages

Alain PIGEARD, Dictionnaire de la Grande armée, Paris, Tallandier, 2002, 814 pages 

Alain PIGEARD, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Paris, Tallandier, 2004, 1022 pages

Bernard et Danielle QUINTIN, Austerlitz 2 décembre 1805. Dictionnaire biographique des officiers, sous-officiers et soldats tués ou mortellement blessés à Austerlitz, Paris, Archives et cultures, 2004, 298 pages

Bernard et Danielle QUINTIN, Dictionnaire des colonels de Napoléon, Paris, SPM, 1996, 987 pages

Michel Roucaud [sous la direction de], Registres matricules des sous-officiers et hommes de troupe des unités de la Garde consulaire, de la Garde impériale, de la Garde royale et de l’infanterie de ligne (1803-1815). Répertoire numérique. Département de l’armée de Terre, sous-séries 20 et 21 Yc, Château de Vincennes, Service Historique de la Défense, 2005, 294 pages

 Georges SIX, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire (1792-1814), Paris, librairie historique et nobiliaire Georges Saffroy, 1934, 2 tomes, 613 et 588 pages



 

 

 

 

 

 




 

 

 

 

 


 



 

 

 

 


Commentaires (6)

1. fillon laurent 11/11/2016

Passionné d'histoire, j'ai entamé il y a peu la recherche de mes ascendants qui ont participé aux campagnes durant le premier empire, j'en ai retrouvé un assez facilement du fait qu'il avait été récipiendaire de la médaille de St Hélène. Il en va malheureusement tout autrement pour le second que j'ai retrouvé, qui était pensionné de l'armée en 1806, né en1769 et décédé en 1853.
J'ai parlé de mes difficultés de recherche à une amie, qui m'a conseillé d'entrer en contact avec vous, s'il n'y a pas d'erreur de ma part sur la personne, elle m'a dit que vous étiez professeur à Guez de Balzac et que vous aviez écrit des bouquins sur le sujet.
En espérant avoir de vos nouvelles.
Cordialement

Laurent

2. Duchénois Pascal 01/08/2014

Je compte aussi démarrer des recherches sur un de mes ancêtres, ancien soldat de Napoléon.
Comment faut-il procéder à Vincennes ? (je réside à Paris la plupart du temps)
Merci de votre aide.

3. Delâge Jean-Louis 09/05/2013

J'ai beaucoup apprécié vos recherches sur votre ancêtre Lacaille qui a servi dans la Grande Armée. J'essaie, moi aussi, de retrouver l'histoire de mon ancêtre, Annet Chabasse, né le 23/11/1788 , à Chez Vincent de Montbron. Il aurait servi comme fusiller. Il est revenu en 1815 Chez Vincent avec son uniforme, son sac à dos en peau de vache, son bonnet avec l'Aigle Impérial, son fusil à silex et sa baïonnette conservés par sa famille ainsi que sa médaille de Saint Hélène. .
Quelles sources me permettraient de poursuivre mes recherches? Merci de me répondre.

4. stephanecalvet (site web) 16/09/2012

Je viens d'y jeter un oeil. Je tiens à vous remercier encore et à vous féliciter pour ce travail de recherches. Oui effectivement mon ancêtre Lacaille y apparaît bien. La maison existe encore ?
cordialement

M.Calvet

5. Carabinier du 27e léger. 27/08/2012

Bonjour,
B.Salomon qui m'a beaucoup aidé dans ma recherche à Nürnberg vous a mis un petit mot indiquant que votre ancêtre est passé dans cette ville en 1806.
Nous avons beaucoup travaillé sur le 27e léger souvent associé au votre.
J'ai écrit l'historique... vous pourrez revivre l"épopée de ces régiments et soldats.
Contactez moi, dès que j'aurais un peu de temps je regarderai s'il il y avait des 17 dans le 27e Cordialement

6. gayton 20/03/2012

ancêtre Pierre Mejsols HOUSTINE (où USTINE ?°
Né le 25/12/1789 à CRACOVIE
marié en novembre 1816 à MAULES (78)
a participé à la grande armée en Russie , vraisemblablement aux campagnes de France et aux 100 jours , peut-être à l'île d'Elbe avec les 100 polonais accompagnant Napoléon ?

Quelles pistes d'archives à consulter , et comment faire ? MERCI

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