Destins de braves. les officiers charentais de Napoléon au XIXe siècle

 

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 Stéphane CALVET, Destins de braves. Les officiers charentais de Napoléon au XIXe siècle, Paris, Les Indes Savantes, collection La Boutique de l'histoire, 2010, 545 pages

  =>Un livre dont vous pouvez lire le compte rendu dans les Annales Historiques de la Révolution française et dans la revue d'histoire du XIXe siècle.

  =>Cette étude universitaire porte sur les officiers de la Grande Armée natifs de la Charente.

 =>Suivez-les sur les champs de bataille de l'Empire, découvrez leurs conditions de vie, leurs combats, leurs souffrances et tout cela loin des clichés véhiculés par la légende. Ces hommes sont suivis du berceau à la tombe.

 => 4000 documents d'archives consultés dont des sources privées jusqu'à ce jour inédites. Une page majeure de l'histoire dans la continuité des travaux de N. Petiteau qui a été ma directrice de thèse

 

 

Compte-rendu dans Annales Historiques de la Révolution française, N°366, octobre- décembre 2011, P.188-190 par Annie Crépin

Cet ouvrage est la publication d’une thèse que Stéphane Calvet a soutenue devant l’université d’Avignon en 2009. Le renouveau de l’histoire militaire continue ainsi à porter ses fruits et il convient de se féliciter de cette parution qui met une étude passionnante à la portée d’un cercle élargi aux non spécialistes. L’auteur retrace en 545 pages le destin personnel au cours du xixe siècle ainsi que le devenir professionnel et social de cinq cent-six officiers nés dans la Charente, haut lieu du bonapartisme. Des approches historiographiques diverses qui relèvent tout autant de la micro-histoire que de l’histoire quantitative fondent une analyse à la fois sociale et culturelle. L’ouvrage est divisé en trois parties. C’est la première partie intitulée « L’épaulette par la guerre » qui retiendra davantage l’attention des lecteurs et lectrices des AHRF. Elle commence de façon originale par « une photographie de groupe » en 1815 à Waterloo, qui met justement en lumière la très grande hétérogénéité de ce groupe. Elle permet aussi à l’auteur de se livrer à une analyse rétrospective des parcours humains et professionnels des officiers qui le composent. C’est en effet au moyen du prisme générationnel qu’est observée la complexité du groupe puisque Stéphane Calvet étaie ses observations sur la définition de strates générationnelles, chacune correspondant à un profil type de carrière. Précisément, dans cette armée nouvelle issue de la Révolution, les critères traditionnels pèsent sur la progression des carrières bien davantage qu’on aurait pu le croire, ils l’emportent sur le talent et le mérite, l’argent étant, lui, un facteur nouveau mais discriminant. On notera au passage que la promotion des réquisitionnaires est plus difficile que celle de leurs camarades issus d’autres modes de recrutement. D’une certaine façon, le premier Empire revient aux modes d’avancement de l’Ancien Régime. L’auteur rejoint ainsi les conclusions de Rafe Blaufarb.C’est d’abord dans le champ de l’histoire sociale que se place Stéphane Calvet en étudiant les voies de la professionnalisation dans l’armée impériale, mais cet ouvrage est aussi une contribution à l’histoire culturelle. D’abord, parce qu’à la suite des travaux de Natalie Petiteau, il remet en question l’image traditionnelle des vétérans napoléoniens en montrant, à travers l’exemple précis des officiers originaires de la Charente, la complexité de ce groupe qui n’est en rien un bloc. Ensuite, parce qu’à travers l’étude de leur carrière commencée sur les champs de bataille napoléoniens, Stéphane Calvet entreprend une démythification des représentations du guerrier héroïque auxquelles ces hommes furent peu enclins à se conformer car elles n’entraient pas en ligne de compte pour leur promotion. Il aboutit même à une anthropologie des guerres de l’Empire, domaine qui commence à être exploré – on songe notamment aux travaux de Nicolas Cadet – mais est moins abondamment défriché que l’anthropologie des guerres contemporaines.Stéphane Calvet observe que l’endurance, plus que l’héroïsme cher à la légende épique, leur a permis d’avancer et d’abord de survivre. La démythification se poursuit dans cette partie quand, dans de belles pages qui relèvent de l’histoire des sensibilités, sont mises en lumière les conséquences sur les corps de la violence de guerre et, en général, l’empreinte de la guerre sur les combattants. Mais l’essentiel du propos de Stéphane Calvet, qu’il développe dans les deux parties suivantes est consacré au retour de guerre de ces officiers et à leur réinsertion dans la société civile. L’ouvrage s’inscrit donc aussi dans le champ de l’histoire sociale par son analyse des voies de la mobilité et de la promotion sociale, voire de l’accès à la notabilité ou du maintien de la position de notable dans la France de la première moitié du xixe siècle, issue des bouleversements révolutionnaires. Ces deux parties, intitulées «Espérances et ambitions dans la France du xixe siècle » et « Portées et limites de la réussite militaire », auraient gagné à notre sens à être mieux articulées de façon à éviter les retours en arrière. Elles offrent une vision dynamique des trajectoires de ces officiers, inscrites dans la succession des régimes du xixe siècle, et sont une analyse de la professionnalisation de l’armée dans le moyen terme et non plus seulement pendant la période napoléonienne. Elles montrent aussi la nécessité absolue d’une reconversion pour ceux qui ne peuvent rester dans l’armée. Stéphane Calvet étudie en quoi la carrière militaire antérieure favorise ou compromet l’avenir ou la reconversion de ces officiers. La seconde partie utilise aussi le prisme générationnel à propos de la descendance de ces officiers, suivie parfois jusqu’à la troisième génération. On soulignera l’utilisation de sources originales et encore parfois méconnues, par exemple les épitaphes des cimetières qui démontrent la volonté personnelle – et même la recherche éperdue – de ces hommes d’obtenir une reconnaissance que la société leur dénie, en l’absence d’une mémoire collective, et, source davantage utilisée, les prénoms de leurs enfants dont le choix révèle selon l’auteur une nouvelle facette de cette quête de considération.Une fois de plus, l’analyse socio-économique s’avère excellente car Stéphane Calvet met en lumière le fait que chez ces hommes l’appartenance de classe l’emporte sur la fraternité d’armes, voire sur l’esprit de corps, ce qui contribue à les diviser et à affaiblir la portée de leurs revendications. On regrette cependant que l’auteur n’évoque pas assez l’inexistence pour des raisons légales au cours de cette première moitié du xixe siècle d’associations d’anciens combattants que les réseaux ne sauraient remplacer et auxquels au demeurant tous ne peuvent appartenir ou alors de manière inégale. Les positions sociales ainsi que les niveaux de fortune auxquels ils accèdent finalement sont extrêmement divers. Certains se retrouvent à la limite de l’indigence et du déclassement, même si globalement on ne peut parler de marginalisation.La diversité de leurs attitudes politiques et idéologiques contribue encore plus à les diviser. Ce qui infirme, même dans le cas de la Charente, et dans la lignée des travaux de Natalie Petiteau, la légende d’officiers tous inconditionnellement bonapartistes, devenus « agents » de l’établissement du second Empire.Toutefois une relative ressemblance les unit quant aux compétences administratives acquises au cours des occupations qu’ils ont expérimentées lors des guerres révolutionnaires et napoléoniennes et qu’ils peuvent réutiliser ; ce qui rejoint et confirme les conclusions de Jean-Paul Bertaud.Dans leur recherche d’une position, certains de ces officiers quêtent des grades dans la garde nationale. Une relative désillusion unit ceux qui vivent alors une expérience dans la garde. Tous ceux qui s’intéressent à ce champ historiographique actuellement en plein renouvellement liront avec attention les pages consacrées par Stéphane Calvet à la frustration qu’éprouvent ces officiers charentais, victimes « collatérales », avec d’autres, d’une désaffection générale et précoce envers l’institution, ce qui prouve une fois de plus qu’elle n’est pas la force paramilitaire ou l’armée citoyenne que certains rêvaient qu’elle soit.Ce qui les unit enfin, c’est à long terme et bien au-delà de la période des combats, l’empreinte de la guerre dans leurs corps et dans leurs esprits. Il y a à ce propos aussi d’excellentes pages qui relèvent de l’histoire des sensibilités. Ce bel ouvrage, fondé sur une vaste palette de sources s’appuie aussi sur une dense bibliographie.

 

 

 

 

 
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